UNE FAMILLE …

Une famille, unie malgré tout.

Le 15 juillet 2011, cela fera 10 ans que notre famille est séparée. Hamza avait alors 9 ans, Mahdi 6 ans et Zeynab 3 ans. Depuis ils ne cessent de garder au fond de leur cœur leurs souvenirs de cette vie de liberté, de protection, de joie et de découverte que leur donnait leur père. Ils ne cessent de le réclamer, chacun à leur manière, avec des silences qui en disent long, des paroles qui ne tarissent pas, avec des pleurs, refoulés souvent par pudeur. Mais la foi dans laquelle ils grandissent leur permet de rester endurants et pleins d’espoir malgré tout.

Ils ont aujourd’hui respectivement : 18 ans, 15 ans et 12 ans.

Après notre retour en France en mars 2002 – 6 mois après l’incarcération de mon mari – au vu des difficultés rencontrées en France pour éduquer nos enfants, nous avons décidé – mon époux et moi – que les enfants et moi repartirions en Angleterre dont le système me permettait de rester auprès d’eux, ceci étant vital vu l`eclatement de notre famille. Il est quand même de mon droit, contrairement à ce que l’on veut me faire croire, d’être avant tout mère au foyer. Nous perdions les visites fréquentes à la prison, mais nous gagnions pour l’avenir de nos enfants. C’était un investissement à long terme, que nous ne regrettons pas aujourd’hui.

Au début, nous rendions visite à Djamel 3 à 4 fois par an, pour une, deux ou trois semaines selon les vacances scolaires, sans pourtant avoir plus de 3 parloirs par semaine. Nous étions hébergés par ci, par là, par la famille ou des amis, selon les possibilités de nos hôtes. Le voyage est long, en voiture la plupart du temps. Il y eut ensuite les visites proprement dites, une vrai organisation : tout d’abord, il fallait tenir compte de la taille du local réservé aux visites de parloir, qui allait déterminer si nous pourrions rendre visite à Djamel, tous ensemble, ou s’il allait falloir nous séparer. Le goût amer de devoir laisser l’un d’entre nous sans visite ce jour là… Puis la réalité de constater que tous ensembles cela était difficilement gérable au regard de l’âge des enfants et de l’étroitesse des lieux.

Il existe encore dans les parloirs, cette séparation, en ciment ou en bois, qui n’est plus en conformité avec la loi, l’Administration Pénitentiaire n’est aucunement dérangée par cette illégalité, bien au contraire. Certains surveillants ont encore l’audace d’empêcher les enfants de passer de l’autre côté de cette barrière illégale. Mais dans cet environnement il n’y a plus de droit, ni pour les détenus, ni pour les familles. La frustration ne s’arrête pas là. Selon le temps dont on dispose, et le nombre de visiteurs, nous en sommes réduits à partager ce temps précieux : pour une heure, 15 minutes de parole chacun, pour ne pas faire de jaloux. Finie la spontanéité ; pour ne pas perdre de temps on essaye de préparer les sujets de conversation à l’avance. Frustration sur frustration, nous ressortons chacun dans son propre monde, tentant de nous rappeler chaque bribe de mot, pour faire vivre un peu plus longtemps ce moment, pensant à Djamel, retournant à son isolement, après nous avoir donné – malgré cette situation délétère – des sourires, des attentions et des gentillesses.

Les choses se sont un peu plus compliquées lorsqu’après sa condamnation en 2005, Djamel à été transféré loin de la région Parisienne, où nous avions des facilités d’accueil. Le voyage ne dure plus 4 heures, mais 6, 10 ou 12 heures pour un simple aller. Il faut tout réorganiser. Davantage de kilomètres, d’instabilité, de lassitude, de fatigue mais les années passant, également davantage de manque, d’envie de le voir, de lui parler. Le plus dur je crois, fut son incarceration à Uzerche. Un long voyage de 6 heures pour arriver au centre de détention perché tout en haut d’un village de montagne. Deux heures de parloir le week-end : une heure, le samedi et une heure, le dimanche. Où rester pour attendre le parloir du lendemain? Les frais d’hôtel sont élevés et je ne me sens pas rassurée dans ces régions inconnues et retirées. Il faut reprendre la voiture malgré la fatigue, manger sandwichs sur sandwich. Les enfants s’impatientent, s’énervent. Une fois, Nous avons parcouru 2000 km en un week-end. C’est l’épuisement.

Toutes ces difficultés auront un peu raison de nous. Nous finirons par ne plus venir qu’une fois par an, exceptionnellement deux fois. Aucunes des demandes de rapprochement familial n’a été prise en compte. Encore un leurre. La prison n’est décidément pas uniquement « la privation de la liberté d’aller et venir ». Droit des familles, maintien du lien familial … de jolis mots, mais en réalité c’est le contraire que nous subissons : la destruction du lien familial. Le premier outil de cette destruction est le courrier, avec la censure, la rétention arbitraire. De quel droit dispose-t-on de nos mots ou de nos images ? Ne vous suffit-il pas de nous avoir séparés, et d’avoir injustement emprisonné à l’isolement total un mari et un père ? C’est de ce système dont vous êtes si fiers ? Qui peut encore douter qu’il n’y a pas la volonté de détruire derrière ces pratiques ? On retrouve bien là les techniques de déshumanisation énumérés par le Dr Schein. Qui peut bien les appliquer hormis des êtres dépourvus de toute humanité ? Il n’est pas rare que 4 à 5 semaines s’écoulent pour recevoir un simple courrier : ce qui est devenu une source de stress supplémentaire. Comment communiquer dans des conditions pareilles ?

Arrive enfin la « libération », le 31 mai 2009. Sa peine est terminée mais Djamel n’est pas encore libre et notre famille, encore moins de nouveau réunie. Il est assigné à résidence à Murat dans la Cantal, dans un hôtel, où aucune famille ne peut vivre décemment si ce n’est si elle passe de véritables vacances. L’hébergement se réduit à une chambre trop petite pour nous contenir tous et dans laquelle on ne peut bien sûr pas cuisiner. En juillet 2009 c’est donc au camping municipal de Murat, que grâce à la solidarité familiale élargie et la confraternité d’amis restés fidèles malgré toute cette odyssée que la famille se retrouve sous une tente, après 8 longues années de séparation et cela dans des conditions très précaires. La tente est ancienne et prend l’eau. Elle est trop petite pour nous cinq. N’étant pas vraiment équipés non plus pour le climat local rigoureux, nous subissons alors le froid, car les nuits d’été dans le cantal sont plutôt froides. Peu d’activités possibles car la journée est avant tout rythmée par les trois signatures quotidiennes de Djamel à heures fixes – 8h, 13h et 18 heures – à la gendarmerie du petit village où Djamel est assigné à résidence. Il n’a pas le droit de sortir de ce minuscule village d’une superficie de 1.7 km². Chacun d’entre nous veut rattraper le temps perdu pendant ces huit années et demie, c’est une véritable course. Lui, se décuple pour satisfaire tout le monde, car le temps de visite est compté. Malgré la joie de le retrouver en dehors du parloir, il persiste encore beaucoup de frustrations en chacun d’entre nous.

Les quelques semaines de vacances estivales s’écoulent ainsi, et le douloureux moment de la séparation pointe à l’horizon. Les grandes questions qui hantent nos esprits se ravivent : que va t-il advenir de notre famille ? Quand nous reverrons-nous ? Que va t-il lui arriver ? Va-il être expulsé soudainement vers l’Algérie ? Quand pourrons-nous enfin vivre comme une famille normale ? Je n’ose pas penser à la douleur dans les cœurs des enfants. Je préférerais supporter toute leur douleur plutôt que de les savoir souffrir.

De retour en Angleterre, les contacts téléphoniques déjà très importants depuis cette « libération », seront incessants, plusieurs fois par jour. Les enfants ne se lassent pas de retrouver et finalement de découvrir leur père, ils reprennent confiance en eux. Ils revivent. Je me repose enfin de cette trop lourde responsabilité d’éduquer les enfants seule. Il participe aux devoirs par internet. Je suis rassurée par ses conseils et ses orientations. Nous nous consultons sur tous les sujets, petits ou grands.

Nous décidons d’entamer une procédure judiciaire, pour que Djamel puisse revenir au Royaume-Uni. Comment envisager ailleurs notre avenir, maintenant que nos enfants – au cœur de leur adolescence – ont besoin du plus de stabilité pour leur famélique vie familiale et surtout pour leurs études ? Les arracher à cet environnement pendant cette période sensible, serait les condamner irrémédiablement.

En décembre 2009, nous organisons le voyage de nos deux fils pour les vacances scolaires. La famille ne cesse d’être déchirée. Ils partent et Zeynab et moirestons. Nous ne pouvons faire autrement, tout d’abord financièrement, le trajet très long est très coûteux. Il nous faut voyager par voiture, par avion, par bus et par train. Le départ se fait à 4 heures du matin et l’arrivée à 18h15. Cest ènsuite la seule façon de donner un temps pour chacun.

Au retour, comme cela m’est arrivé à moi aussi, à plusieurs reprises, Hamza, 17 ans se fait interpeller à l’aéroport en vertu du Terrorism Act. La raison : « son père » nous répond-on. Peut etre faudrait-il aussi ne plus aller le voir ? mon fils est fouillé ainsi que ses bagages et questionné afin de bien définir son profil.

« Quel collège fréquentes-tu ? Quelle matière étudies-tu ? Quel sport pratiques-tu ? Qui sont tes amis ? Quelle mosquée fréquentes-tu ? Es-tu assidu aux prières ? D’où viens-tu ? Qui as tu rencontré ? Qu’as tu fais avec ton père ? Où vous êtes-vous déplacés ? Analyse du téléphone portable, fouille du portefeuille, rien n’est laissé au hasard, avec la menace d’emprisonnement s’il ne répond pas aux questions. Comment après cela, envisager d’autres visites ? Quel avenir lui réserve-on ? Quel est son crime ? Assez ! Hommes injustes, ne vous suffit-il pas d’avoir privé ces enfants de leur père depuis 10 terribles et longues années ?

De quel droit fait-on subir cela à nos enfants ? Quel est ce système qui accepte et défend ces pratiques ? Où sont les grands défenseurs des Droits de l’Homme ? Ces droits ne sont-ils pas dignes des hommes et des femmes de confession musulmane, ni de leurs enfants ?

De retour en février 2010 avec ma fille Zeynab, le même branle-bas de combat se produit contre une inoffensive mère, enceinte de 7 mois et son innocente jeune fille, et d’autres fois encore … En fait, chacune de nos visites auprès de Djamel est un prétexte à interpellation aux ports et aéroports. On veut clairement nous décourager en s’acharnant ainsi, mais malgré la fatigue nous n’abandonnons pas. Non seulement, on nous prive d’un mari ou d’un père, on le place à l’isolement, on nous prive de ses courriers, mais il faut aussi nous empêcher de le voir, d’accéder à nos droits les plus élémentaires !

Depuis le 18 mai 2010, nous sommes de nouveau, orphelins. Son absence, son silence nous ont laissé un vide qui rappelle la mort. Plus le moindre appel joyeux pour réveiller les enfants le matin et accompagner le petit-déjeuner. Sa voix s’est éteinte. Encore une fois, ils l’ont arrêté.

Mais la plus grande douleur, une plaie béante qui ne peut se refermer, reste la séparation d’avec Mariem, notre dernière fille, née seulement trois semaines avant son arrestation. Chaque regard posé sur elle, chaque pensée nous meurtrit le cœur et nous submerge de tristesse et de larmes. Comment lui parler d’elle sans provoquer d’autres souffrances ?

Au vu de ce que subit injustement notre famille depuis 10 ans, comment accepter qu’un juge puisse affirmer en toute impunité, protégé de tous, qu’il a réussi à faire condamner Djamel Beghal, sans preuve, à la peine maximale, uniquement grâce à la réputation de ses services ? N’aurait-il donc aucun compte à rendre ? Et quel genre de juge se contente de cette réputation pour faire appliquer ces peines ?

Il ne s’agit pas ici de faire du misérabilisme mais simplement de dénoncer TOUS CES DONNEURS DE LEÇONS, qui appartiennent à un système qui, au nom de la lutte anti-terroriste, dispose entièrement de familles innocentes, en faisant croire à la population que ce système travaille au quotidien pour sa protection, tandis qu’il n’est que le résultat de sa propre incompétence, et de sa haine viscérale de l’islam. Ce système est bâti sur l’hypocrisie. Il est tellement plus simple de distribuer des peines de prison que de rechercher la vérité.

Djamel n’a jamais tué personne, ni projeté de le faire. Il n’a commis aucun délit, aucune transgression sur le sol français ou ailleurs, ni outrepassé les impératifs de la vie en société et dans l’espace public. Il est INNOCENT. Il est une VICTIME, UN BOUC-EMISSAIRE. Les griefs infondés dont on l’accuse sont purement virtuels, en revanche, le mal que subit notre famille depuis 10 ans, lui, est bien réel.

Le seul tort de Djamel est d’être musulman, religieux et de croire, de penser, de vivre différemment. EN QUOI CELA CONSTITUE-T-IL UN CRIME ? A- t-on le droit d’emprisonner et d’atomiser des familles pour cela ? Est-ce cela la justice ?

La famille de Djamel.

9 commentaires sur “UNE FAMILLE …

  1. Pingback: Western Justice: Civil Secular Democratic Destruction of Family « aseerun

  2. السلام عليكم

    qu’Allah vous assiste dans ces épreuves aux combien difficile ! puissiez vous être vite réunis pour plaire encore à notre Créateur Allah azawajel !

    Allah with your family !

    votre frère Hamza !

    • wa alikoum salam,

      Qu allah vous récompense pour votre message de soutien, cèst très important , diffusez autant que possible ce blog, et notre page et groupe sur facebook, jazakum Allah khairen,
      amine à vos duas,

      Assalam alikoum

  3. As salam alaykum wa RahmatuLlah

    Qu’Allah vous facilite chère soeur ainsi qu’à ton mari , qu’Allah vous réunisse de nouveau ensemble certes Il Est capable de Tout . Qu’Allah libère tous nos prisonniers et leur donne la patience .

    Prend soin de toi ma soeur et de tes enfants .

    Wa salam alaykum wa RahmatuLlah

    • Wa alikoum salam wa rahmatoullah,

      JazakiLlah chère soeur pour ton message de soutien, diffuse autant que tu peux le blog et les pages facebook,
      Wa salam

      • salam alaykoum,

        qu’Allah azawajel vous donne la patience, et vous récompenses par le Paradis éternel….

        tenez bon, soyez patients et endurants…. c’est ça le chemin de la ilaha ila lah mes très chères…. tout

        passe fi adihi dounia, et walahi la récompenses sera enormes bi idn ilah….

        tenez bon, certes la marchandise d’Allah est très chère….

        wa salam….

  4. as salam aleykoum wa rahmatoulAh ma chere sœur fi lAh .qu’Allah vous facilite et apaise vos cœurs

    qu’Allah fasse de vous des gens pieux qui endurent avec patience .
    Allah m3a sabirine
    courage .

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s